Comment créer un potager urbain à Genève : conseils pratiques

Conseils pratiques pour créer des potagers urbains à Genève.

Il a été chassé des villes, mais il revient triomphant ! Au pied des immeubles, sur les balcons, dans les parcs et les jardins partagés, le potager urbain connaît un succès grandissant. Il permet de consommer des produits de qualité, de renouer avec la nature, de tisser des liens sociaux et d’œuvrer pour l’environnement. Le potager se rapproche des terrasses, et peut même faire partie de son salon de jardin, créant ainsi un véritable espace de détente et de convivialité en plein air.

Envie de plonger ses mains – vertes – dans la terre ?

La population des villes dans le monde explose. Selon les chiffres des Nations Unies, depuis 2010, le nombre de citadins a dépassé celui des personnes habitant en milieu rural. En 2024, plus de 57 % de la population mondiale vivait en ville. Un chiffre qui devrait atteindre plus de 68 % à l’horizon 2050.

La Suisse n’échappe pas à la tendance. Il y a un siècle, un tiers de la population vivait dans l’espace urbain, contre trois quarts aujourd’hui, selon la 85e édition de l’annuaire « Statistiques des villes suisses », publié en 2024. Dans ce contexte, l’agriculture urbaine contribue à baisser la pression exercée sur les villes.

Les objectifs étant de développer des cités et des communautés durables, de consommer et de produire de manière responsable, de lutter contre le changement climatique et de favoriser la biodiversité.

Mais pas uniquement car jardiner est aussi un plaisir, une occasion de rencontrer d’autres passionnés, de transmettre des connaissances et de lutter contre les angoisses de la vie moderne.

Selon une étude publiée en 2023 dans la revue scientifique « The Lancet Planetary Health », le jardinage produit des effets qui sont prouvés. Il permet d’améliorer l’alimentation, d’augmenter l’activité physique et de réduire le stress et l’anxiété.

Le potager urbain est un surdoué capable de répondre à toutes ces attentes. Des plants de tomates sur un balcon, des plantations de pommes de terre dans la cour d’un immeuble ou un vaste potager de plusieurs mètres carrés dans un parc… Tout est possible ! Alors pourquoi attendre ? C’est le moment de réveiller le jardinier qui sommeille dans chaque citadin.

Créer un potager partagé

Chaque matin, en partant travailler, la pelouse inutilisée au coin d’une rue vous fait de l’œil ? Elle serait idéale pour installer un jardin. Mais comment faire ? Les principales étapes à suivre.

Identifier le propriétaire de la parcelle

Par exemple, en consultant les informations relatives à la parcelle concernée sur le site du Système d’information du territoire à Genève (SITG). Le terrain peut appartenir à une entité privée ou publique, la Ville, l’Etat de Genève ou la commune.

  • Si le terrain est privé, la demande doit être adressée au propriétaire, de préférence au nom d’un collectif ou d’une association.
  • Si le terrain appartient à l’Etat de Genève, il faut prendre contact avec le canton par le biais du Programme nature en ville.
  • Si la parcelle est la propriété de la Ville de Genève, il faut déposer une demande spécifique.
Créer une association ou un collectif

Constituer un dossier

  • Un plan complet d’aménagement de l’espace souhaité: superficie, nature des plantations (bacs ou pleine terre), infrastructure (uniquement légère) envisagée, et toute autre information utile à mentionner sur le plan.
  • Une description précise du format des plantations/potagers: modes de cultures, cultures envisagées, information sur l’emplacement et les installations prévues, etc.
  • Une description précise des parties prenantes et des utilisateurs et utilisatrices: nom de la structure qui porte le projet, personnes envisagées pour planter et cultiver, acteurs de quartier impliqués, bénéficiaires.
  • Un règlement d’utilisation.
  • Eventuellement, un plan financier/budget.

La Ville garantit désormais un délai de traitement des demandes. Si la demande est déposée avant le 30 septembre, le démarrage est possible au printemps suivant.

Se faire aider

Des associations telles que Genève Cultive (https://genevecultive.ch/) accompagnent les projets d’agriculture urbaine. Il peut s’agir, par exemple, des prémices d’un collectif, d’un jardin ou d’une idée innovante. Selon les associations, les premiers conseils sont gratuits.

Potagers partagés : l’exemple du Jardin blanc

Depuis une vingtaine d’années, près de 80 projets collectifs ont vu le jour, largement soutenus par la Ville de Genève qui met à la disposition des jardiniers urbains des surfaces sur son domaine privé et public.

Le dernier projet en date est le potager du parc Bertrand. Il a été baptisé « Le jardin blanc » en référence à celui créé par Madame Bertrand, la femme du photographe explorateur Alfred Bertrand dont la famille possédait le domaine au XIXe siècle. Elle le donna à la ville de Genève en 1940.

Inauguré en 2024, le potager s’étend sur une surface cultivable de 255 m2 divisés en parcelles. Vivien Villard, président de l’association « Le cardon enchanté », un collectif d’habitants du quartier à l’origine du potager, raconte : « Ce projet était voulu par Alfonso Gomez, l’ancien maire de Genève. Des flyers ont été distribués dans les immeubles du quartier de Champel. Les premières réunions publiques ont eu lieu en 2022. Ensuite, il a fallu six mois pour fonder l’association qui a vu le jour en 2023. »
« Le cardon enchanté » se distingue des autres associations par son organisation en holocratie, une gouvernance linéaire sans chef. Un choix qui s’est fait en concertation avec la Ville de Genève afin de pérenniser le projet sur le long terme. « La Ville a identifié un problème de structure dans plusieurs associations. Celui-ci a un impact sur le projet qui, après deux ou trois ans, tend à péricliter. Avec notre fonctionnement, les membres ont tous le même statut et chacun est engagé, ce qui garantit la pérennité. »

En collaboration avec les associations

Pour Vivien Villard, le volet administratif n’est pas à sous-estimer : « Nous avons eu des réunions de quatre heures quasiment tous les samedis pour créer l’association, écrire les textes et les statuts. Il a fallu six mois et nous avons été aidés par la Ville et l’association Graine de carotte. »

Juliette Perréard, présidente de Genève cultive, précise : « Nous soutenons le démarrage d’un collectif, d’un jardin ou d’une idée innovante en lien avec l’agriculture urbaine. Nous pouvons, par exemple, aider des habitants dans leur recherche de parcelles à cultiver, les orienter vers les différents services ou spécialistes, mais aussi les accompagner tout au long du développement de leur projet. » L’agriculture urbaine contribue à créer un cadre de vie agréable dans un immeuble et à favoriser les échanges entre les habitants. Le jardin peut même être un atout supplémentaire lors de la location d’un bien.

Et bonne nouvelle : l’agriculture urbaine n’exige pas forcément de casser sa tirelire. « Tout dépend du projet, explique Juliette Perréard. Il faut compter, par exemple, 400 francs par bac situé dans une cour d’immeuble. Dans le cas d’un collectif, chaque membre peut payer 50 francs, ce qui permet d’acheter les fournitures de base comme les outils et les graines. Il arrive aussi que des régies participent au projet à hauteur de 2000 francs, en moyenne. »

Certaines communes accordent aussi des subventions pour l’achat de matériel tels que des bacs, des semences et des outils de jardinage.

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Courgettes, salades et autres : vive la permaculture !

Grands potagers partagés, jardins privés ou balcons urbains lilliputiens… La permaculture est la tendance à suivre. Cette approche est née dans les années 70 grâce au chercheur australien Bill Mollison. Le concept repose sur trois piliers :  prendre soin de la terre, de l’homme et partager les surplus. Une vision qui dépasse le simple jardinage pour devenir une philosophie de vie.

Au jardin, la permaculture est un mode de culture tout doux, sans pesticides et engrais chimiques pour des fruits et légumes sains et goûteux.

La création d’un potager en pleine terre ou en pot sur un balcon repose sur quelques grands principes. D’abord, il faut observer l’environnement, l’ensoleillement, le sol, la flore et la faune. Ensuite, il est important d’arrêter de labourer le sol et d’encourager la biodiversité en associant les espèces et en favorisant les rotations des cultures.
Juliette Perréard conseille : « On peut, par exemple, placer du basilic au pied du plan de tomate car il a une action répulsive sur les pucerons qui l’attaquent. L’idée est d’associer des espèces qui vont se protéger entre elles. » Enfin, les jardiniers urbains doivent penser à faire leurs et semis et à pailler le potager.

Ainsi, voici quelques conseils pratiques par Schilliger Garden Center

Commencer petit. Il est conseillé de commencer avec un espace réduit, permettant de mieux gérer et apprendre au fur et à mesure. Sélectionner des plantes adaptées au climat et à la qualité du sol, et s’adresser à des experts pour des choix judicieux.

Pour obtenir des légumes, il est possible d’opter pour des semis ou la plantation.

Pour les amateurs et débutants, il est recommandé de commencer par des plantons (tomates, aubergines…). Certains types de légumes, comme les carottes ou les radis, devront obligatoirement être semé. François Schilliger, directeur végétal du Garden Center éponyme, recommande de préparer un plan de plantation afin d’éviter de planter les mêmes légumes au même endroit une année après l’autre.

Rotation et association des cultures. Ainsi, il conseille de varier les plantes d’une année sur l’autre afin de maintenir le sol sain, limiter les maladies et donc, augmenter la productivité. L’association de certaines cultures peut également favoriser leur croissance mutuelle et réduire les parasites. Il est conseillé de planter des tagètes sous les plants de tomates. C’est ce qu’on appelle le compagnonnage des plantes. Cette méthode, beaucoup utilisée dans les cultures biologiques, a pour objectif d’utiliser les vertus des différents végétaux en les plantant côte à côte.

Quelques exemples :

L’ail éloigne les insectes. Il est un bon compagnon pour les carottes, betteraves, fraisiers et tomates. L’aneth protège carottes et concombres. Le basilic repousse mouches et moustiques. Il faut le planter avec les tomates, asperges, poivrons, piments et aubergines. La capucine éloigne les punaises des courgettes et citrouilles. Elle s’accommode avec les radis, courgettes, choux et tomates. Le cerfeuil réduit l’invasion des limaces. Le thym éloigne les mouches blanches, protège les choux et les brocolis. Les œillets d’Inde (tagètes) protègent des insectes la plupart des plantes (pommes de terre, tomates, asperges, haricots et choux). Idéalement, il faut les planter en bordure du potager.

Pour les tomates, il est possible de les associer au chou, à l’œillet d’Inde, au souci, au concombre, à l’ail, à la ciboulette, au basilic, à la laitue, à la carotte, à l’asperge, à l’épinard et à la tétragone afin de favoriser leur bon développement. Arrosage et soin. Un arrosage régulier et adapté est essentiel. Observer les plantes permet de répondre à leurs besoins spécifiques en tenant compte des conditions météorologiques. Ajouter du compost est un apport d’humus inégalable pour le jardin. Si cela est possible en termes d’espace, il faut installer un silo à compost où seront déposés tous les déchets verts biodégradables. Une fois le compost bien mûr (deux ans et plus), il sera possible de l’incorporer à la terre du potager.

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Je plante, tu plantes, nous plantons…

Petit, mais gourmand ! Le balcon devient un garde-manger. Il est aménagé avec des contenants d’un grand volume de terreau pour limiter l’arrosage, des jardinières à suspendre à la rambarde ou encore des carrés potagers de balcon en bois sur pied. Les avantages des contenants en hauteur sont nombreux : pas besoin de se baisser pour jardiner, protection du sol du balcon, davantage de lumière pour les cultures et circulation plus facile sur le balcon. Placer au fond des bacs un drainage à base de graviers et de billes d’argile pour aider à l’évacuation de l’eau. Ajouter une toile géotextile par-dessus pour éviter que le terreau se mélange aux billes d’argile ou que les racines descendent en dessous de cette couche. Cette méthode permet aussi de préserver du gel les pots en terre cuite. Le balcon doit profiter d’au moins quatre à six heures de soleil direct.

Ensuite, il ne reste plus qu’à planter dans un terreau spécial pour le potager. Dans un souci d’écologie, favoriser un terreau sans tourbe et sans fibre de coco. Les mini-tomates et les herbes aromatiques sont les cultures les plus populaires. De plus, il existe de nombreuses techniques de conservation pour profiter de ces dernières durant plusieurs mois après leur cueillette : séchage, conservation dans l’huile ou simplement au congélateur. Les courgettes, les radis, les salades, les aubergines ou encore les oignons sont aussi de la partie.

En pleine terre, la création de potagers répond à quelques principes de base :

  • L’emplacement
    Un ensoleillement avec six à huit heures de lumière directe par jour et pas d’exposition à des vents forts.
  • Le sol
    Tester la qualité du sol en contrôlant sa texture, son pH et sa composition.
  • Les cultures
    Choisir des légumes locaux adaptés au climat.
  • Les saisons
    Planifier les plantations en fonction des périodes de récolte.

Après il ne reste plus qu’à choisir les légumes, de la tomate à la courge, tout est possible. Et il ne faut pas hésiter à se montrer créatif.

Juliette Perréard raconte : « Au Potager des Nations, qui est le siège de Genève cultive, nous avons planté, par exemple, des piments avec succès. Par contre, je déconseille les carottes. C’est compliqué car il faut un certain type de terre. »

Saveurs d’autrefois

Un potager permet aussi de faire revivre des variétés anciennes. L’association Graine de carotte, par exemple, propose un catalogue à la Prévert avec près d’une centaine de variétés de tomates de collection.

ProSpecieRara est aussi un bonheur pour les jardiniers curieux et soucieux de préserver la biodiversité. Cette fondation, qui a pour objectif de protéger les plantes cultivées et les animaux de rentes menacés de disparition, propose des graines d’espèces locales anciennes.

Jardiniers de tous les pays, unissez-vous !

Les associations organisent régulièrement des événements comme le marché aux plantons, des apéros, des conférences et des ateliers. Un bonheur pour les jardiniers urbains ! Graine de carotte, par exemple, propose des cours sur différents thèmes comme la permaculture et les techniques de greffe pour les tomates et autres légumes.

L’association s’adresse aussi aux jeunes avec notamment la création de potagers dans les écoles et des ateliers spécifiques, accessibles aux jeunes dès 14 ans. Au programme : la taille des arbres, la production de semences ou le monde fantastique des tomates.

3, 2, 1… Prêts ! Partez ! A vos potagers !

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Visuels : Schilliger Garden Center et Shutterstock

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